Comment se faire piéger par un ripoux sénégalais très malin

Lors des 30 ou 40 contrôles routiers précédents au Maroc et en Mauritanie, j’ai toujours refusé de céder à la pression de bakchich.

Pas par fièreté, par par radinerie (cela ne dépasse jamais deux euros), mais simplement par solidarité: parmi les nombreuses plaies d’Afrique, qui inhibe son développement, la corruption est probablement dans le top 5.

Donc, accepter la demande non justifiée de bakchich, c’est encourager le système. Si cela fonctionne, pourquoi les pauvres policiers qui ont tous du mal à boucler leur fin de mois s’en priverait. Après tout, ils ne roulent pas sur l’or. Ce ne couteraît pas bien cher aux touristes de participer au financement de l’administration. Le simple problème, c’est qu’au quotidien, ce sont les locaux qui font les frais de la corruption des fonctionnaires.

Donc, je pense que notre devoir en tant que touriste, c’est sans provocation et de volonté de donner de leçon, de refuser ces pratiques. En revanche, il faut le faire en douceur: les français ne sont plus si bien vu que cela et il convient d’agir avec doigté. Ma technique était simple: dire bonjour en langue locale, sourire, faire montre de respect, être toujours en règle, montrer ses papiers et, dans le cas, où le policier, gendarme ou douaniers cherche à tirer partie de la situation, faire semblant de ne pas comprendre, mais alors vraiment rien. Dire que l’on est prêt à payer l’amende et surtout, surtout, rester poli, courtois et souriant. La plupart du temps, les ripoux en puissance se découragent. Certains sourient même d’avoir à faire à plus fin que soit. Dans le pire des cas, donner un petit cadeau symbolique, mais pas plus.

Parfois, il faut être en forme pour résister en douceur.

Ce soir-là, j’étais trop fatigué, un peu trop stressé par la femme enceinte et usé par les quelques jours que j’avais passé au Sénégal, la semaine précédente. Usé que 90% des contacts que j’avais avec les Sénégalais tournent autour de l’argent, l’argent, l’argent. Rarement, j’ai vu une société avec une structure traditionnelle être autant obsédé par l’argent. Bref, j’en avais assez d’être considéré comme un portefeuille à quatre pattes.

Le coup de l’extincteur m’a littéralement tué: comment osait-il utiliser une ficèle aussi énorme ? Il savait que j’étais de bonne foi, il savait que lui et ses collègues faisait le coup à tous les touristes qui venaient de passer la frontière. Le casting était clair: moi, dans le rôle de celui qui se fait anarquer, lui dans le rôle de celui qui encaisse et son patron dans le rôle du parrain.

Très rapidement, le ton est monté. Je lui lancé avec un air désabusé “je sais d’où vous voulez en venir”. Je l’ai répété plusieurs fois pour bien qu’il comprenne que je n’avais pas l’intention de céder pour le mettre en face de son délit. Lui, à peine surpris de cette rebellion, et ayant probablement déjà vu le cas, chez un de ses collègues ignora toutes les explications que je lui apportais pour attester de ma bonne foi. L’état de ma voiture qui était impecable. Je fis le tour du propriétaire pour qu’il constate qu’elle ne représentait aucun danger pour la circulattion. J’insistai encore sur le fait que je respectais la police, les limitations de vitesse, les stops, les feux rouges… comportement ordinaire, mais inhabituel au Sénégal ou conduire est un sport dangereux.

Au bout de dix minutes, l’ire a commencé à monter en moi, soutenu par ma sénégalaise enceinte qui me lançait, l’air désabusé mais complice “il fait le malin, lui”. Cela me rendit une vraie légimité, qui me poussa à commencer à crier et lorsqu’il me demanda pour la troisième fois: que voulez-vous dire par “Je sais où vous voulez en venir” ? Je lui lachais: “vous me demandez un bakchich”. Tel Pierre qui renia trois fois le Christ la fameuse nuit, je confirmais mon jugement à trois reprises. En public. Devant témoins. J’avais foncé tête baissée dans le piège. J’ai mur pour la cabane. Et le policier de me répéter à trois reprises: “Je vais te casser. Je vais te casser. Je vais te casser”.

Il ne fallut que quelques minutes pour m’indiquer que préparer ma mise au placard pour la soirée. Lorsqu’il me demanda de le suivre au comissariat, j’avoue que je fus encore plus estomaqué que par le coup de l’extincteur.

Je remontai dans la voiture en me demandant combien de temps, j’allais perdre à cause de cette affaire. Mais si ce ripoux voulait me faire perdre du temps, qu’il ne compte pas sur moi pour lui faciliter la tâche…